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Biographie - Virginie PLAUCHUT Biographie

La photographie comme une évidence.

 

Avec le temps, les thèmes se précisent, j’explore, m’interroge sur l’humain. Ma démarche devient plus narrative, l’humain est omniprésent, visible ou pas, dans ce qu'il est de plus profond... J’aime ce lien que la photographie et l'intime entretiennent l'un avec l'autre.

 

Vu par Marie DEPARIS-YARIS

Virginie Plauchut s’est toujours intéressée à toutes les formes d’expression artistique, auxquelles elle s’est d’ailleurs essayée d’abord, depuis le théâtre, la danse ou la musique jusqu’à la peinture et la sculpture. Mais aucune de ces expérimentations artistiques ne lui permirent, du moins en a-t-elle le sentiment, d’arriver au bout de ce qu’elle souhaitait exprimer, autant limitée par son savoir-faire que par le médium lui-même.
Elle trouve alors en la photographie l’exacte coïncidence avec la vivacité de son regard, dans son inclination naturelle à l’observation la plus aigue et son insatiable curiosité pour les images du monde.
Depuis trois ans, Virginie Plauchut se consacre donc exclusivement à cet art, exposant régulièrement le résultat de ses recherches, convaincue d’avoir trouvé le média idéal. De série en série, elle travaille à la construction de son univers, sans tutelle. Librement.

De manière tout à fait originale, son travail porte aux mots un intérêt particulier. En premier lieu, chaque série photographique est accompagnée d’un court texte, une mise en condition littéraire et poétique qui donne le ton de la série. En outre, ces séries lui sont souvent inspirées d’une citation, d’un texte lu, de Rimbaud à Feuerbach.
Ainsi, les séries sont construites autour d’un couple texte-photo, qui se complètent et se mettent mutuellement en lumière. Souvent, le texte s’inscrit a posteriori, comme une seconde lecture, un ajout poétique, une didascalie, sous le terme cinématographique de « synopsis ». Chaque série porte en effet une dimension narrative, l’artiste raconte et se raconte des histoires, et donne à la série photographique une dimension cinématographique, comme une séquence filmique.
Du texte initial, celui, lu et aimé, qui a inspiré l’idée de l’oeuvre, à la photographie, puis au retour au texte en exergue, se joue une dialectique permanente du mot à l’image.

On pourrait alors se demander, au regard de cette dimension cinématographique et de ce champ contrechamp texte-photo (le texte pourrait alors se jouer en bande sonore), pourquoi l’artiste n’a pas choisi de travailler le film ou la vidéo. Mais pour Virginie Plauchut, la fugitivité de l’image en mouvement n’est pas compatible avec la forme de temporalité qu’elle veut mettre en œuvre dans ses photographies.
Selon elle, la photographie scelle le temps dans l’image, ouvrant alors un espace propice à la contemplation, un espace intérieur. Et il y a en effet quelque chose de l’ordre de la conscience intime du temps, d’un temps ralenti, entre parenthèses, subjectivé, un temps de la pause, de la pose, de la réflexion, un temps du rêve et de l’observation, un temps de l’abandon aussi, dans l’atmosphère baignant ces clichés qui semblent vouloir s’opposer à la frénésie du monde contemporain. Une sorte de lente mais certaine résistance contre le temps pressé.

C’est dans ce contexte que le travail de Virginie Plauchut s’axe autour des notions d’intimité, d’introspection, de solitude voire de huis clos.
La quête de sens de Virginie Plauchut au travers de ses clichés relève sans conteste de l’exploration de l’énigme que constitue pour elle l’humain et sa vie intime. Et la nature, souvent présente, dans son mystère, de la terre au ciel, s’esquisse comme un topo apaisant et apaisé, un miroir paisible, guide et indice d’une introspection possible.
Dans la série « Virtual reality », elle capte des images télévisuelles, non pour elles mêmes, mais pour réfléchir sur la manière dont chacun, dans sa conscience intime, reçoit les images de l’extérieur, interrogeant ainsi la manière dont le monde hors de soi fait intrusion dans la vie intime de l’esprit, et comment l’image se transforme en souvenir. Que reste-t-il des images vues, au fond de la conscience, passées au filtre du souvenir, dans les stratifications de la mémoire ? Bergson parle de « mémoire sélective »*, et de fait, le « souvenir-image »* donne à voir des images ici comme autant de réalités filtrées.
Les séries jouent d’une dramaturgie particulière, qu’il s’agisse, comme ici, d’images construites en diptyques, renvoyant l’une à l’autre deux réalités, ou de l’usage récurrent du noir et blanc, renforçant la dimension poétique, presque onirique du propos.
La série des « Passages », qui joue en revanche sur une composition graphique colorée, continue de s’inscrire dans les mêmes préoccupations liées à la notion de mystère, celui d’un au-delà, mais aussi et surtout celui, insondable, que Virginie Plauchut persiste à remettre sans cesse en question, de l’altérité. Angle de vue inattendu, la série « Espace public » confronte encore l’intime au monde, cette fois au travers de « photos volées » d’hommes et de femmes surpris dans leur « intimité publique », oxymore signifiant ces moments où la conscience oublie la présence du corps dans l’espace public et se laisse aller aux mouvements les plus spontanés...pour autant, le regard de l’autre posé sur l’autre ne pénètre rien de si privé.
C’est encore cette insaisissable altérité que questionne Virginie Plauchut dans « The secret game », images d’un couple dont les caresses n’atteignent sans doute que la chair, comme l’aurait dit Sartre - le corps de l’autre n’est pas l’autre, pas tout à fait, pas entièrement- et ce glissement des chairs l’une contre l’autre se heurte à l’impossibilité d’atteindre le cœur, le pour-soi de l’être.
Dans une élégance aux confins de la nostalgie et du rêve, les photographies de Virginie Plauchut, toutes et chacune à sa manière, explore ces territoires infinis de la confrontation douce ou amère, et existentielle, du sujet avec le monde.

* Henri Bergson – Matière et mémoire (1939)
Marie Deparis-Yafil - Mai 2011 

 

Vu Par Iléana CORNEA

Certains photographes regardent la réalité telle qu’elle est. Ils la cadrent, souhaitent la clarté, respectent les contours et la lumière comme au théâtre. D’autres, comme Virginie Plauchut se servent de la réalité pour dire quelque chose d’inédit.

Parfois elle la voile, surexpose le propos. Elle joue avec la lumière comme le peintre avec la couleur. Les clichés qu’elle garde murmurent des confidences.

Dans la série Virtual reality les scènes sont prises directement de l’écran de télévision. La photographe nous livre des associations d’idée intimes, annotations visuels floues, messages codés où la réalité est en question au profit du fragment signifiant.

Tout aussi intimement nous parlent les images réunies sous le titre Infiniment plus que tout. Elles sont travaillées, prennent de l’épaisseur et semblent chargées d’une problématique, d’une sophistication intellectuelle qui reste néanmoins poétique.

Le Messager se lit comme une historiette. On peut lui donner un ordre qui a un commencement et une fin :
Dans une ambiance cinématographique rapellant les années 50, un enfant frappe à la porte d’une vieille maison décatie enfouie dans la végétation. Dans le cliché d’après, il se trouve sur une route entre ciel et terre. Il est toujours aussi petit devant les choses. Les nuages chargent, menacent, changent. Des éclaircis modifient le ciel comme une aurore boréale. Il passera dans un village, il sera sur la route. Là ou l’enfant s’arrête devant un lac entre deux arbres sans feuillages, l’atmosphère devient métaphysique comme dans les œuvres de Gaspard Friedrich. La fin est touchante. A-t-il rêvé ? A-t-il attendu pendant tout ce temps accroupi et triste de ne trouver personne pour lui ouvrir ? Que lui est-il arrivé au juste ? Est-ce bien de lui qu’il s’agit dans cette étrange rêverie ? On le voit assis devant la porte close de cette même maison, la tête blottie dans ses bras.

Plus vaporeuse, est la série intitulée Face au ciel... Elle fonctionne par diptyques. Côté gauche les nuages, côté droit, une jeune femme habillée en blanc bouge s’agite et joue. On la croit tombée du ciel, un nuage transformé en femme.

Quand elle n’invente pas des histoires, Virginie Plauchut s’intéresse aux lieux qui eux en racontent. Hôtels, maisons abandonnées, usines en friche, elle photographie les traces d’un monde disparu. Elle s’attache aux détails comme si elle voulait les faire parler. Elle travaille la couleur, l’exagère rendant ainsi à l’image une valeur fantastique. Un vieux fauteuil complètement éventré devient le personnage principal d’une scène apocalyptique et mystérieuse.
Virginie Plauchut semble s’intéresser à tout. Sa série sur le langage des signes ressemble à une partition. Travaillée autour de la couleur et de la géométrie, la série sur les passages rappelle la peinture abstraite construite. Troublante, effrayante la déformation du visage pris de panique, l’angoisse de la mort est expressionniste : Ablutophobie.
Sur un mode humoristique et charmant Chronique montre la femme contemporaine confrontée à une batterie d’instruments chirurgicaux, lui servant à entretenir la beauté exigée par le miroir social.
Enfant de son temps, la jeune photographe explore avec sensibilité et humour les images des choses qui l’entourent. Celles qu’elle met en scène racontent son imaginaire poétique.

Ileana Cornea mai 2011