LE RITUEL - Virginie PLAUCHUT
        
LE RITUEL
« J’étais en quatrième quand j'ai commencé à diminuer les quantités de nourriture ingérée. Très vite, instinctivement, je dévore puis je me fais vomir. Très vite encore s'installent un rituel : je rentre du collège, je suis seule, je dévore puis je me fais vomir. J'efface toutes les traces, je me brosse les dents, je nettoie les toilettes, je me lave les mains, ensuite je plane, je suis bien. Puis peu à peu la boulimie prend le dessus. J'ai l'illusion de tout contrôler, mon poids, mon image, mes rapports avec les autres, ma scolarité, tout. J'ai cependant conscience que ce que je fais est en lien avec des souffrances plus profondes. Je suis invisible, les souffrances sont invisibles, je contrôle.
En grandissant mon rituel se perfectionnent, il prend de plus en plus de place. Il m'apporte de plus en plus de bonheur, ce n'est plus qu'une façon de contrôler mon poids et mon image, c'est une drogue. Ma drogue secrète.
Contrairement à de nombreuses jeunes filles pour lesquels la boulimie est un passage dans l'adolescence, un rapport miroir à la société ou à la mère, pour moi ce trouble du comportement alimentaire fut le premier symptôme d'un mal-être d'abord diagnostiqué schizophrénie puis comme une psychose maniaco-dépressive avec des caractéristiques borderline. Je passe beaucoup de temps en psychiatrie. Je suis boulimique vomitive ce qui entraîne cinq injections intramusculaires pour m’empêcher de vomir. Je jubile lorsque le soir je retrouve les petits pois de midi dans ma gerbe qui disparait dans le tourbillon de l’eau des toilettes.
De retour dans la vie « réelle » je conserve par moments des épisodes de boulimique vomitive ce qui entraine des fluctuations de poids de 20 ans à 36 ans de 50 à 93 kilos. Les médicaments que je reçois pour le traitement de ma pathologie psychiatrique ne m’aident pas à calmer mon trouble du comportement alimentaire.
Aujourd’hui, Je crois sentir que mon rapport avec la nourriture s'est pacifié. J'ai d'autre façon de m'exprimer, je me nourris d’autre chose, mais comme de nombreuses ex boulimiques j'éprouve le besoin de témoigner pour celles qui le sont encore, pour ceux qui jugent, pour les proches qui ne comprennent pas et pour moi aussi. »
Baya (extrait de son témoignage).

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